Corée du Sud : une méthode pour cesser de jeter de la nourriture à la poubelle

Chaque société a sa propre culture qui l’amène à récolter, à manger et à gaspiller de la nourriture. C’est pourquoi les mêmes recettes ne sont pas valables pour l’ensemble de la planète. Ce qui vaut vraiment la peine, ce sont les leçons apprises qui peuvent nous montrer la voie à suivre en fonction des particularités de chaque territoire. Et s’il est une région qui a su faire des progrès spectaculaires en matière de restes alimentaires, c’est bien la Corée du Sud. Le pays a pris des mesures qui ont donné des résultats époustouflants.

Il y a encore quelques décennies, la Corée du Sud était confrontée à des problèmes de gaspillage alimentaire d’une ampleur alarmante. Une grande partie du problème provenait de la tradition locale elle-même, selon laquelle la plupart des plats sont généralement proposé avec des accompagnements. Mais pas un ou deux comme sous d’autres latitudes, mais jusqu’à huit ou dix accompagnements qui finissent pour la plupart à la décharge. Curieusement, l’alarme n’a pas été provoquée par les déchets eux-mêmes, mais par le manque d’espace disponible pour continuer à implanter des décharges et par les mauvaises odeurs qu’elles provoquaient dans les villes à proximité de celles-ci.

La Corée du Sud est aujourd’hui citée en exemple car, en vingt ans, depuis les mesures prises par le gouvernement sud-coréen, le pays a réussi à récupérer près de 90 % de ses déchets alimentaires. Voulez-vous savoir comment ils y sont parvenus ?

· S’attaquer au portefeuille

La solution coréenne était simple : si vous jetez de la nourriture, vous perdez de l’argent. C’est dans cette optique qu’ils ont mis en place un système où vous payez en fonction du poids de vos déchets alimentaires (qui, bien sûr, sont placés dans une poubelle réservée à cet effet). Bien sûr, cela a incité plus d’une personne à réfléchir à deux fois avant de jeter quelque chose. Lors du lancement du système, des campagnes ont également été lancées pour informer les citoyens de l’importance de la réduction des déchets et de l’accroissement de la responsabilité individuelle.

· Gérer efficacement le gaspillage

Qu’en est-il des déchets que la prévention ne peut pas arrêter ? Voici la solution : les villes évitent la mise en décharge et, dans les usines de traitement qu’elles ont construites, les déchets alimentaires sont transformés en nouveaux produits : aliments pour animaux, engrais ou biogaz vendu à un service public local. À Goyang, ville limitrophe de Séoul, ce combustible issu des déchets alimentaires est utilisé pour chauffer jusqu’à 3 000 foyers.

· Concevoir des politiques publiques à la mesure du problème

S’attaquer au problème nécessite une approche à long terme, combinant de nouvelles lois avec de nouvelles infrastructures et des investissements suffisants… mais très rentable si l’on se projette dans l’avenir. C’est pourquoi, depuis 2005, il est illégal en Corée du Sud d’éliminer les déchets alimentaires dans les décharges. Cela est possible parce que les autorités locales ont construit des centaines de centres de traitement des déchets pour traiter chaque gramme de déchets alimentaires. Il est clair que si les particuliers et les entreprises paient leur part pour l’élimination des déchets alimentaires, il s’agit là d’un investissement de plusieurs millions de la part de la Corée du Sud, qui a choisi d’offrir un avenir plus propre à ses citoyens.

· Impliquer tous les acteurs de la chaîne alimentaire

Les politiques gouvernementales sont essentielles, mais le cas de la Corée du Sud montre que la différence se fait lorsque l’ensemble de la population est impliquée. Dans la lutte contre le gaspillage alimentaire, chacun d’entre nous a un rôle à jouer. Pour que cette démarche soit couronnée de succès, l’administration, les consommateurs, les restaurateurs, les logisticiens et le reste du public ont dû apporter leur pierre à l’édifice.

Deux décennies se sont écoulées depuis que la Corée du Sud a lancé ce plan, et la mentalité de l’ensemble du pays a changé. Il ne s’agit pas de dire « ce n’est pas mon problème », mais de dire « faisons quelque chose ». Et les avantages sont directement perceptibles. Alors, pourquoi ne pas commencer nous aussi ?